DE LA VIE D'UNE FEMME SEULE DANS LES ILES DE POLYNESIE
A la rentrée dernière, j'ai été nommée dans les Tuamotu. J'en étais très contente, car je l'avais demandé. A mon arrivée sur l'atoll, quelle ne fut pas ma surprise d'entendre des recommandations de la part des quelques personnes connaissant bien la Polynésie et ses habitants. On me dit alors que je devais être désagréable, éviter de parler aux hommes... Je dois dire que j'ai été surprise. Pour couronner ces recommandations, on me signala alors que la collègue qui était là avant moi avait subi une tentative de viol, et que la précédente avait été violée. Mon collègue me fit promettre de ne jamais ouvrir ma fenêtre la nuit, même quand il ferait très chaud...
Les Polynésiens sont en général des gens charmants, et j'ai été très bien accueillie. Malgré tout je gardais toujours à l'esprit ces faits. Beaucoup m'ont montré beaucoup de gentillesse, mais ce qui devait arriver arriva. J'avais passé déjà 3 mois sur l'atoll, et je croyais avoir pensé à tout pour éviter l'intrusion nocturne, mais une nuit, à 1heure du matin alors que je dormais bien, je me suis réveillée en sursaut en sentant quelque chose toucher mes pieds. Je ne voyais rien car l'homme était dans la partie la plus sombre de la pièce. Le temps de comprendre, de le mordre, j'ai crié et l'homme est parti en vitesse. J'en ai été quitte pour la peur. D'autres ont eu moins de chance. La bringue polynésienne, qui n'a rien d'un mythe, a lieu le week-end , et sous l'emprise de l'alcool, il est difficile de dire comment peut se terminer ce genre d'histoire.
Cette aventure est celle qui attend toute femme seule qui accepte de vivre sur une île Polynésienne. Quand je suis arrivée sur Papeete, on m'a mis un mot sur cette aventure : il s'agit du « motoro ». C'est une coutume qui consiste à « séduire » une femme seule en s'introduisant chez elle, plutôt de nuit. Dans la tradition, soit la femme accepte, et il n'y a pas de problème, soit elle refuse et dans ce cas elle peut être violée. Ca peut arriver n'importe où, et pas seulement dans les Tuamotu. Des faits similaires sont fréquents et souvent cachés, parce que les mutoï (les gendarmes polynésiens) étouffent ces affaires, et puis cela ne fait il pas partie de leurs traditions ? A ces faits , les Polynésiens qui nomment les femmes seules sur ces postes, ont répondu à une responsable de l'administration française que ces femmes n'avaient qu'à se trouver un « tane », c'est à dire un homme. Il n'y a donc rien à attendre du côté de l'administration.
C'est pour témoigner de faits qu'on ne connaît pas quand on est en métropole que j'écris ces mots. Il faut accepter ce risque, qui est inhérent à toute nomination dans les îles. Il faut aussi accepter d'être ennuyée tout au long de l'année au cas où on refuse les avances de ces hommes. On peut y aller , certaines y sont restées, et ont renouvelé leur contrat. Mais il faut être au courrant . Si vous voulez un autre témoignage je vous propose le livre de Chantal Kerdiles , itinéraire polynésien aux éditions « au vent des îles ». Elle a vécu seule, pendant 6 années dans les Tuamotu.
Maryvonne LOGIOU